Jean-Patrick Manchette

3 juin 2005
10 ans après

 

Edito par Anissa Belhadjin

Doug Headline : Interview par Anissa Belhadjin

Manchette en quelques photos

Banana par Didier Daeninckx

Correspondance avec la TB1

Manchette et la politique par Marie-Hélène Carpentier

Le néo polar : du modèle type au genre : de la filiation à la rupture par Nadège Compard

La position de la levrette égarée : nouvelle "à la manière de" signée Marc Villard

Alone Together : nouvelle "à la manière de" signée QQ Lapra

Lectures croisées

Que reste-t-il de l'oeuvre de Manchette ? 3 questions à une  vingtaine d'auteurs

 

Esthétique de la rupture dans les romans de Jean-Patrick Manchette : mémoire de Laure Hodina

Jean-Patrick Manchette et les institutions littéraires mémoire de Laure Hodina

Jean Patrick Manchette par Jean-François Gérault

T'as prévu quoi en manchette ? par QQ Lapra

Manchette à la une par Claude Mesplède

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Banana
(de la manducation de bananes sur la voie publique pour abattre l’ordre établi)

par Didier Daeninckx

 

Le 16 avril 1993, je recevais cet avis de naissance sous forme de faire-part dans ma boîte aux lettres :

Les pseudos des deux premiers signataires pouvaient désigner Jean-Patrick Manchette, Headline voulant dire « manchette » en terme de presse, et Jean Échenoz, auteur de « Cherokee » aux éditions de Minuit. Ce que confirmait la réception d’un nouveau document le lendemain matin :

Le doute n’étant plus permis, j’appelai Jean-Patrick Manchette afin d’avoir quelques lumières sur son Internationale légumière. Il m’expliqua alors avoir été profondément bousculé par la mort de Makomé, un adolescent de 17 ans abattu par un policier dans le commissariat des Grandes-Carrières, un quartier du dix-huitième arrondissement parisien, le 6 avril 1993. Jean-Patrick Manchette avait participé à une manifestation de protestation convoquée le lundi 10 avril et avait nargué la police venue massivement, en photographiant les hommes casqués et en jetant près de leurs bottes les peaux tigrées des bananes qu’il mastiquait.

Le partais le lendemain pour Lisbonne, requis par l’écriture d’un des scénarios de la série Novacek qui avait pour cadre la capitale portugaise. Le numéro d’avril 1993 du magazine de la compagnie française, glissé près des consignes de sécurité, consacrait un dossier de trois pages aux miracles rendus possibles par… la banane ! Un routard racontait comment, en pane d’huile, il avait pu rouler sur mille kilomètres, la boîte de vitesse de sa 2cv remplie de chair de banane écrasée, un ingénieur expliquait la résistance des carrosseries des voitures Trabant de l’ex-Allemagne de l’Est par la molécule tirée de la banane, un créateur de mode prédisait qu’à l’horizon 2010, la moitié des textiles seraient issus du filage de banane ! À mon retour, j’envoyais à Manchette l’article daté, il faut le souligner du 1er avril 1993, accompagné d’un commentaire sur sa vision prophétique de l’utilisation de la baie oblongue à pulpe farineuse. Il me répondit par ce mot, le 24 avril 1993 :

(Cher Didier, J’ai reçu avec amusement « ton » papier sur la banane. Mais je dois insister sur le fait que BANANA est une affaire sérieuse quoique dada : j’ai personnellement, « seul et sans armes » (seuls des bananes et un air abruti), bloqué un carrefour le 10 avril. Je serais heureux de t’en dire plus prochainement. Salutations communistes libertaires. MANCHETTE)

Le droit de tendance (Banana Split) prévu par l’article 6 des statuts ne fut pas suffisant pour contrarier les forces centrifuges propres à ce type de mouvement. Deux fondateurs, dont Cherokee, se retirèrent très rapidement du groupe. L’assemblée générale convoquée au tabac de la rue du Rendez-Vous fut d’un rapport médiocre : seul le dénommé Goémond était présent pour accueillir les très rares curieux. Il se contenta de boire au bar en bavardant. Sylvie Cretonne et Puig Antich Kid étaient absents de Paris, Shuto Headline était quant à lui « momentanément retenu dans le pavillon psychiatrique d’un hôpital ».


 

Le communiqué du 29 avril 1993 conviait les membres restants de BANANA à une assemblée générale le 11 mai et fixait comme objectifs : « la visite d’une banque, d’un commissariat, d’une église ; manducation de bananes, entrave à la circulation & chants variés). On ne sait si elle eût lieu et plus aucun document ne témoignera, à l’avenir, du mouvement BANANA. À ce jour le régime qu’il se promettait d’abattre est toujours en place.

 

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