Jean-Patrick Manchette

3 juin 2005
10 ans après

 

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Le néo polar
Du modèle type au genre
De la filiation à la rupture

Article de Nadège Compard
 

 

Années 70 : contexte des années post soixante -  huitardes, la révolution n’a pas eu lieu, le situationnisme a déclaré l’Art mort et se doit désormais de servir les idées politiques,  ère de la consommation de masse, une faible partie du militantisme d’extrême gauche  déçu de ce dernier verse dans le terrorisme,  tandis qu’une autre verse dans la désillusion, les affaires politiques se succèdent.

Dans ce contexte que naît le néo polar, un roman noir violent, qualifié par Manchette de « roman d’intervention sociale » et  j’ajouterai politique, devenant par là même un support à l’engagement.  Manchette va alors remanier non seulement le fond mais aussi la forme du roman noir, calquant sur son style littéraire les procédés de  l’écriture scénaristique, apportant au roman noir un certain  minimalisme et réalisme en se tournant vers  la description purement behavioriste (ou comportementaliste)  des romans noirs américains, introduisant du politique, du réel, de l’historique et de la réflexion sur notre société. Le  roman noir  devient alors un témoin et un reflet non seulement de la  société mais surtout de ses travers. En conséquence apparaissent un certain nombre de thèmes et de figures jusque là étrangers au sein du roman noir.

Manchette imprimait donc au genre une nouvelle couleur, n’effectuant pas une simple transposition à la française du roman noir américain bien qu’en étant fortement inspiré. Après Manchette et à la suite de Manchette il faut bien reconnaître que le roman noir n’a plus jamais été le même en témoigne le qualificatif qui depuis lui colle à la peau : néo (polar), signe qu’il y avait bien eut rupture puis continuité du genre. Aussi je vais ici m’intéresser à ce que, de ce que je nommerai ici le  modèle type initié par Manchette perdure dans le néo polar en tant que genre et à ce qui semble au contraire dévier du modèle type.

« Il y a beaucoup de bouquins qui sortent, que certains (moi le premier) appellent néopolars, et qu’on compare aux miens, occasionnellement, pour des questions de contenu : parce qu’on n’y tue des curés, on tue des bourgeois, on tue des flics, parce que les méchants sont des promoteurs, des industriels,etc. […] Bon, ce sont des bouquins de gauche avec un message explicite ; (…) »[1]

 La première filiation qui me semble évidente entre Manchette et le néo polar est de nature politique, en effet, que Manchette ait ouvert le genre à la gauche et à l’extrême gauche ne fait aucun doute, il suffit de comparer les accointances politiques des auteurs pré années 70 et post années 70. Si tous les auteurs de néo polar ne sont pas d’extrême gauche ou de gauche bon nombre d’entre eux sont issus du militantisme de ces divers partis ; LCR, FO, PCF, gauche prolétarienne, PSU ou encore de mouvements étudiants qui révèlent un changement dans la sociologie des auteurs de romans noirs. C’est surtout à partir des années 80 que le phénomène s’accentue et prend les proportions que nous lui connaissons avec la naissance d’un grand nombre de maisons d’éditions telles que Sanguine, Sueurs froides, Engrenage, elles – mêmes connotées politiquement, dans un contexte qui est celui de la   crise du militantisme. On assiste alors à une sorte de phénomène de vase communicant : tandis que la société se dépolitise, le roman noir prend lui une teinte de plus en plus politique et critique de la société.  Pour la plupart des écrivains qui entrent dans le néo polar le militantisme est alors du passé, désillusionnés qu’ils sont de la gauche et de l’extrême gauche,  ils se réfugient dans un genre qui s’était autoproclamé roman d’intervention social.  Il était donc tout naturel, et à la suite de Manchette que le néo polar devienne peu à peu un support de messages et d’idées à la fois politiques et sociales. Ainsi fleurit la génération Delteil, Vilar, Daeninckx, Demure, Jonquet, Fajardie, Prudon, Villard, puis quelques années plus tard Pouy, Raynal, Quadruppani, Izzo…

Manchette parsemait de nombreuses références ses œuvres, que l’on peut qualifier  d’auto références au militantisme, aux années 68, et à ce que l’on appellera plus généralement la culture d’extrême gauche. Du maoïsme à Karl Marx, de Trotsky aux mouvements étudiants, le terrorisme anarchiste tout ceci était évoqué sans complaisance, avec humour souvent et parfois détachement. Ces références sont tout aussi présentes dans les livres de Daeninckx, de Pouy, de Raynal, de Quadruppani, de Vilar, de Jonquet, de Fajardie, de Vautrin et conservent un certain détachement, un certain humour, voire une subtile ironie malgré une évidente sympathie. La génération des auteurs de néo polar qui suivit Manchette partage cette désillusion envers les années post 68 et une certaine ambivalence vis-à-vis de la culture gauchiste.

Il est intéressant de se pencher sur les rapports intimes entre extrême gauche, militantisme et néo polar car à l’instigation de Manchette et à la suite de Manchette,  dans la mesure où le néo polar devient le support de nouvelles thématiques qui sont celles de l’extrême gauche et qui reflètent les préoccupations de la génération post soixantuitarde.

Dans le contexte des années 70, Manchette a inauguré des thèmes qui reflétaient son époque : la corruption policière (la police est l’ennemi du militant d’extrême gauche), le capitalisme et la société de consommation, le terrorisme, les affaires politiques…

Dix ans plus tard, le contexte politique, social et économique a changé, nous ne sommes plus dans l’ère de la consommation mais dans celle de la crise et naturellement les thèmes évoluent. Ainsi le néo polar parle de néo libéralisme thème qui supplante le capitalisme mais revient à parler de la même chose, du chômage et des licenciements massifs, du racisme policier, autre manière de stigmatiser l’ennemi. La lutte terroriste est toujours présente dans les livres mais ses revendications, son identité ont changé. Il y a donc bien à la fois une certaine continuité thématique entre les livres de Manchette et le néo polar mais parce que ce dernier continue à exercer une fonction de reflet de la société et que la société  change, les thématiques évoluent. L’un de ces thèmes est particulièrement intéressant à analyser pour ce qui est de la continuité du traitement et de son évolution :  le fascisme, cette  bête noire qui à la lecture des ouvrages de néo polar s’infiltre partout ; industries, facultés, jusque dans les mairies d’extrême gauche[2], en passant par les institutions, le ministère de l’intérieur et bien sûr la police. Le néo polar reflétait ici un courant d’idées largement répandu chez les post soixante - huitard : « Au sein de la nébuleuse révolutionnaire, un terme semble résumer la vision de la période : celui du fascisme. »[3]

 « Le fascisme est annoncé sur le mode de l’imminence. Il est censé venir d’ « en haut », de l’Etat lui – même et plus précisément du ministère de l’Intérieur. »

Le thème du fascisme,  celui de l’extrême droite sont plusieurs fois évoqués dans l’œuvre de  Manchette, qui se plait à prendre le point de vue du fasciste  dans L’affaire N’Gustro, et qui  lui vaut d’ailleurs la censure de la Série noire mais également dans Morgue pleine dont voici un passage significatif :

« Les métèques, a dit Hayman. Notre jeune ami estime que la France est au main des Juifs et des rastaquouères, voilà pourquoi. »[4]

 Dix ans plus tard, rien d’étonnant à ce que le thème du fascisme soit reprit et largement répandu au sein du néo polar dans le contexte des élections de 1983 lors desquelles le Front national fait une percée inquiétante et dans le contexte du  développement des associations  et manifestations antiracistes (naissance de SOS racisme, La marche des beurs…). Mais  au – delà du fascisme, c’est l’extrême – droite, le néo nazisme, les skinheads, le racisme, la discrimination exercée envers les immigrés, le racisme policier, les lois gouvernementales envers les clandestins, le négationnisme, tout cela parfois mixé dans un amalgame dangereux qui sont parmi les thèmes de prédilection du genre jusqu’à nos jours et dont la création du Poulpe est symptomatique. On voit donc ici se développer un thème initié par Manchette  prendre des proportions impressionnantes car  reflétant un certain état d’esprit chez ces anciens militants déçus de l’extrême gauche et de la gauche. Un bon nombre d’entre eux se sont reportés sur des causes plus sociales, (c’est notamment  le cas de Didier Daeninckx, Dominique Manotti) sur des associations antiracistes,  en grande expansion (à l’exception de SOS racisme trop lié à la présidence de Mitterrand). La conséquence de ce report est l’apparition dans le néo polar de l’immigré qui devient un  personnage quasi incontournable (ce que l’on ne retrouve absolument pas chez Manchette) personnifié en  victime – type de la société tant au niveau des institutions que de la population. Ici le néo polar a bien fonctionné comme un reflet de notre société et des inquiétudes qui la parcouraient ; les scores de plus en plus important du Front national dans les élections conduisant à la création du Poulpe, les parutions de divers livres négationnistes[5] , l’affaire de Carpentras et le phénomène skinhead ont fait naître le thème du néo nazisme dans le néo polar. Enfin on ne compte plus les livres traitant du phénomène d’exclusion et de ségrégation de la population immigrée en France, des expulsions de clandestins (thème initié par Daeninckx dans Lumière noire), de la généralisation du racisme thème très présent dans les livres de Demure ou de Izzo.

. Manchette est aussi celui qui a introduit  l’Histoire au sein du roman noir ; évocation de la guerre d’Algérie, de la guerre d’Espagne, de mai 68, de la résistance, de l’affaire Ben Barka,  apparition de figures telles que l’ancien résistant, le républicain ou anarchiste espagnol... Manchette proclamait le roman noir témoin de son temps, il devenait également témoin du temps passé et oublié. Guerre d’Algérie donc, dont le Meurtre pour Mémoire fut peut – être la véritable origine du développement du thème au sein du néo polar, guerre d’Espagne, dont il est vaguement fait allusion dans Que d’Os  et Nada  et qui par la suite devient un mythe pour bon nombre d’auteurs de néo polar. La guerre d’Espagne devient en effet dans le néo polar la guerre que l’on aurait voulut faire, celle où il y avait d’un côté les bons et de l’autre les mauvais, d’un côté les républicains et anarchistes de l’autre les fascistes. On pourrait d’ailleurs voir une transposition de cette époque dans le traitement de l’extrême droite et de l’immigré dans le néo polar hypothèse d’autant plus prégnante que  quelques livres fantasment une France en proie à la guerre civile entre immigrés et antiracistes contre extrême droite et racistes.[6]

La seconde guerre mondiale, la résistance (FTP surtout), la collaboration (Pétain, Doriot, Laval), sont également les thèmes et figures historiques de prédilection du néo polar, qui sont déjà présents dans les œuvres de Manchette, notamment dans Nada et Que d’Os pour ce qui est de l’évocation de la résistance et des résistants. Cependant, le néo polar des années 80 – 90, contrairement à celui de Manchette semble vouloir se donner des modèles, des fonctions d’identifications, des repères c’est du moins ce que nous suggère la présence dans de nombreux  livres de néo polar de cette figure du républicain ou anarchiste espagnol et pas seulement dans ceux du Poulpe. Surtout, dans le traitement de ces thèmes s’inscrit la véritable rupture entre l’œuvre manchettienne et le néo polar puisque le ton se veut moralisateur (les bons/les mauvais), instituant des modèles à suivre (le républicain ou anarchiste espagnol ), exposant longuement les idées qui conduisent aux actes ce qui constitue ici une véritable rupture avec le behaviorisme de Manchette. Celui – ci voulait donner à réfléchir, il me semble que le néo polar désormais donne sa réflexion ce qui est sensiblement différent.

Que Manchette refusait de se reconnaître dans le néo polar qui allait prendre son essor dans les années 80 est de notoriété publique tant il n’a eu de cesse de le répéter.[7] Trahison stylistique du genre qui voyait arriver des auteurs de la « littérature blanche », profusion des figures marginales et contestataires, nouvelle génération d’auteurs qui avaient de nouvelles préoccupations qui n’étaient pas les siennes. Effectivement nous l’avons vu, le contexte historique et politique n’étant pas le même, le néo polar se devait de les refléter en tant que témoin et reflet de la société, répondant ainsi à l’exigence du genre. Mais quand est – il de la forme, de l’héritage stylistique de Manchette dans le néo polar ? Manchette a profondément imprégné ses romans d’un ensemble de règles stylistiques qui témoignaient de ses accointances passées avec le situationnisme : psychologie behavioriste qui se traduit par un attachement aux actes plutôt qu’aux idées, écriture cinématographique et on pourrait même ajouter scénaristique, refus du romantisme et retour au réalisme. Tout ceci ayant pour conséquence une littérature minimaliste, avec profusion de phrases courtes qui tendaient à créer un rythme soutenu et rapide.  Manchette avait créé un modèle avec un ensemble de règles et de codes. Certes le néo polar n’a pas perduré dans ce minimalisme et n’a pas reproduit le modèle stylistique introduit par Manchette mais cela ne signifie nullement qu’il n’y ait pas au sein du genre des éléments persistants de ce modèle. Le réalisme par exemple, que Manchette à réintroduit dans le roman noir l’ayant déserté depuis les œuvres de Léo Malet et ses Nouveaux mystères de Paris,  est toujours un élément indissociable du néo polar, il suffit pour cela de lire un Meurtre pour mémoire de Didier Daeninckx ou n’importe quel livre de Marc Villard pour s’en persuader. Il me semble même que le néo polar a gagné en réalisme tant les auteurs du genre se documentent aux archives, dans les journaux, observent… Prudon et les pays de l’est, Daeninckx et le passé, Delteil qui utilise son expérience et ses enquêtes de journaliste, Villard et ses balades dans les mêmes quartiers de Paris. Jamais le roman noir, depuis Léo Malet ne s’était autant attaché au réalisme, tant géographique qu’historique ou social.  Ce qui a peut être quelque peu pervertit le réalisme tel qu’il fut inauguré par Manchette c’est une certaine tendance du néo polar à introduire un certain misérabilisme dans ses descriptions réalistes ce qui l’éloigne bien évidemment du regard qui se voulait strictement objectif sur les choses et les évènements de Manchette. Si Manchette se rapprochait de Flaubert, il semble que le néo polar se tourne vers Zola. De même, le néo polar semble avoir  pris le parti de la subjectivité, tant dans ses descriptions que dans son point de vue qui est bien souvent le reflet de ses opinions. Bien sûr nous ne cherchons pas ici à généraliser et à regrouper tous les auteurs de néo polar dans une même démarche et le cas de Marc Villard est un contre exemple de ce propos puisque si celui-ci utilise la plupart du temps le point de vue de la population de ce qu’il appelle l’infra monde, ce point de vue en font tantôt des victimes, tantôt des salopards. On retrouve donc ici la démarche de Manchette qui pouvait traiter de la même manière l’extrême droite et l’extrême gauche.

Si la description behavioriste est tombée en désuétude dans le néo polar elle n’a pas non plus totalement désertée le genre, je me réfère ici à mes propres études sur une centaine de livres qui révèlent une grande part accordée à la description comportementale et sa suprématie sur les descriptions physiques ou mentales[8]. Là où il y a sans doute rupture avec l’œuvre de Manchette c’est dans l’ouverture du genre aux idées, aux descriptions psychologiques, aux opinions, plongeant dans l’intériorité des personnages ce que l’on retrouve particulièrement chez Jean Bernard Pouy, Patrick Raynal, Marc Villard… Les parcours, les passés des personnages sont plus longuement décrits que dans les livres de Manchette qui se cantonnait volontairement à des allusions succinctes et seulement indicatives. D’une certaine manière le néo polar se refuse à la séparation des actes et des idées, les unes conduisant aux autres, les uns influençant les unes. C’est peut – être ici revenir à une certaine complexité et à un plus juste point de vue sur les choses et leur compréhension. Manchette jugeait ou laisser juger sur les actes, le néo polar juge et laisse autant juger sur les idées qui y conduisent.

Il me semble, d’une certaine manière que Manchette a fait un mauvais procès au néo polar en l’accusant de s’ouvrir à la littérature blanche. A bien y regarder de plus près, Manchette est sans doute le premier à avoir introduit une certaine qualité littéraire au sein du roman noir, à y introduire des effets de styles qui ne sont peut – être pas ceux de la génération qui suivit notamment parce qu’ils lui étaient propre. Chaque auteur apporte un style propre au genre, que ce soit un Daeninckx, un Villard, un Pouy, un Demure, un Delteil, un Fajardie, mais en chacun d’eux on peut reconnaître un auteur de néo polar et un style particulier. Oui il y a diffusion stylistique et à contrario des thèmes qui parcourent le genre et  que nous avons évoqués plus haut c’est peut –être ce qui en fait un genre qui n’est pas totalement figé et stéréotypé comme a pu le devenir le roman noir avant Manchette.

En dernier lieu, on ne peut non plus nier l’empreinte ou du moins l’ombre de l’œuvre de Manchette au hasard de certaines structures narratives de néo polar, de références ou auto références dont il était lui – même friand. Je pense particulièrement ici à la construction narrative du livre de Didier Daeninckx, Meurtre ou mémoire qui forme une étoile et qui est également le lieu de convergence des manifestants algériens du 17 octobre 1961. Je pense également aux nombreuses références littéraires, musicales (notamment dans les domaines du jazz puis du rock pour la génération suivante), aux autoréférences qui sont profusions dans le néo polar et qui trouvent leur origine dans l’œuvre de Manchette. De même lorsque je tombe sur ce type de phrases dans un bouquin de Jean Bernard Pouy je ne peux que penser à Manchette et à ses propres déclarations lapidaires sur certaines littératures :

 « C’était un livre qui parlait d’amour et d’aventures, une immense crétinerie, un militant genre maoïste des années 68 tentant de soumettre le corps et l’esprit d’une pauvre étudiante, une rastignacouette de province qui découvre la trahison, le pouvoir et soi – disant l’entrée tonitruante dans l’âge adulte. Pourquoi Laura avait – elle voulu que je lise absolument cette merde ? Un mystère de plus. »[9]

En conclusion, je ne peux pas être tout à fait d’accord avec l’idée que le  « néo polar oublie l’Histoire au profit des préoccupations de l’art ». Ensuite, il me semble que le néo polar a été fidèle aux principes fondamentaux exposés par Manchette : intervention sociale, réalisme, engagement sont toujours les éléments essentiels du genre en témoignent les thèmes et sujets abordés depuis les années 80.  Si l’on peut reprocher à ce genre certains travers et notamment une certaine moralisation du discours, il me semble bien qu’il continue à être ce « roman social, un roman de critique sociale […] qui essaie de donner un portrait de la société ». Ce portrait est certes déformé mais il l’a toujours été pas moins dans les livres de Manchette que dans ses successeurs puisqu’il dépend d’être humains et ne pourra jamais atteindre la parfaite objectivité. Celle –ci est un leurre et même si le néo polar tombe parfois dans une sorte de politiquement correct vis-à-vis de ses lecteurs, il ne prétend jamais à cette objectivité et assume son parti pris. Sa fidélité à ce statut de critique social me semble prouvé par le nombre de recherches de plus en plus nombreuses, quelles soient historiques, sociales ou de Sciences politiques qui s’intéressent au genre en tant que source.

En fin de compte, le néo polar est peut – être tout simplement devenu un compromis entre Art et critique sociale et politique un peu dans le ligne de Daeninckx pour qui l’Art doit être utile (on rejoint donc le situationnisme) sans abdiquer sa charge artistique.[10].

Quand à Manchette, s’il n’est peut être pas le père du néo polar, il me semble qu’il est bien celui qui a introduit du politique, du social, de l’historique dans le néo polar, des éléments qui lui sont désormais indissociables qui ont eux-mêmes suscité plusieurs courants au sein du genre.



[1] Entretien accordé à la revue polar par Manchette paru dans Chroniques, Rivages/Ecrits noirs, P 15, 1996, Paris.

[2] Delteil Gérard, Mort d’un satrape rouge, Metailié, 1995.

[3] LE GOFF. Jean – Pierre, MAI 68 l’héritage impossible,  p 189, La découverte, Paris, 1998.

[4] Manchette. Jean Patrick, Morgue pleine, P 99,  Gallimard, 1973.

[5] Le sujet est notamment abordé dans Ethique en toc, Didier Daeninckx, Baleine, Le poulpe, 2000.

[6]   La manière douce  de Frédéric Fajardie, 1994

  La bataille des Buttes Chaumont  de Thierry Jonquet, 1998

  A sec !  de Jean-Bernard Pouy, 1998

[7] Voir ici son recueil de chroniques particulièrement éclairant sur sa position vis-à-vis du néo polar français

[8] Il s’agit ici de mon actuel travail de thèse sur les immigrés dans les romans noirs. Un recoupement d’informations par fichiers révèle que plus de la moitié des descriptions sont de type comportemental.

[9] La Belle de Fontenay, P 32

[10] Cf Entretient avec Didier Daeninckx dans Mouvements Dossier Le polar entre critique et désenchantement, P 10, La Découverte, 2001, Paris.

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